Réforme des règles de règlement des stablecoins dans l’UE : Circle appelle à une adaptation accélérée du cadre DLT

Marchés
Mis à jour: 2026-03-24 05:52

L’émetteur de stablecoins Circle a récemment soumis des observations réglementaires à la Commission européenne, plaçant une nouvelle fois la rapidité et la flexibilité structurelle du cadre européen des actifs numériques au cœur du débat sectoriel. La réponse de Circle au « Market Integration Package » de la Commission européenne aborde non seulement les ajustements du régime pilote de la Distributed Ledger Technology (DLT), mais traite également la question de la place des stablecoins dans les systèmes de règlement des titres. Sur fond de mise en œuvre progressive du règlement européen sur les marchés des crypto-actifs (MiCA) et de développement rapide des infrastructures financières on-chain aux États-Unis, la déclaration de Circle s’articule essentiellement autour d’une question centrale : « Le cadre réglementaire suit-il le rythme du développement du marché ? » — une problématique majeure pour le secteur.

Principales revendications : mécanismes flexibles et accès au règlement

Le 20 mars 2026, Circle a officiellement transmis ses observations sur le « Market Integration Package » de la Commission européenne, en se concentrant sur deux axes majeurs : accélérer la réforme des cadres réglementaires liés à la technologie DLT et élargir l’utilisation des stablecoins conformes dans le règlement des titres. Circle soutient globalement l’orientation actuelle du régime pilote DLT de l’UE — notamment l’élargissement des classes d’actifs éligibles et l’augmentation des seuils de volume de transactions — mais souligne que la conception actuelle, fondée sur des limites fixes et des mises à jour législatives périodiques, peine à s’adapter à l’expansion rapide qui suit la formation de la liquidité sur le marché. Par ailleurs, Circle demande que les prestataires de services sur actifs numériques soient autorisés à participer au système de comptes de règlement, et non uniquement les banques traditionnelles et les dépositaires centraux de titres, tout en recommandant des règles claires pour l’utilisation des stablecoins conformes comme collatéral dans les transactions sur titres.


Source : Circle

Évolution des politiques et étapes clés

Le cadre réglementaire européen des actifs numériques a connu une transformation majeure, passant d’une fragmentation à une unification au cours des trois dernières années. En juin 2023, le règlement MiCA est officiellement entré en vigueur, établissant le premier cadre réglementaire complet au monde pour les marchés des crypto-actifs. Parallèlement, l’UE a lancé en 2022 son régime pilote DLT, offrant aux acteurs du marché un environnement réglementaire expérimental pour mener des activités financières on-chain dans des conditions définies.


Source : ESMA

Après 2025, alors que le marché américain accélère la tokenisation d’actifs réels tels que les obligations d’État et les fonds monétaires, le rythme du cadre réglementaire européen fait l’objet d’une attention particulière. En février 2026, plusieurs sociétés spécialisées dans la tokenisation d’actifs ont exprimé conjointement leurs inquiétudes quant à la lenteur des réformes européennes, qui pourraient pousser leurs activités à l’étranger. En réponse, la Commission européenne a publié début 2026 le « Market Integration Package », visant à unifier davantage les règles des marchés de capitaux et proposant des révisions du régime pilote DLT. Les observations de Circle ont été soumises durant la période de consultation publique, juste avant la date limite du 20 mars 2026.

Étape clé Événement majeur
Juin 2023 Entrée en vigueur officielle du règlement MiCA
2022 Lancement du régime pilote DLT par l’UE
2025 Accélération de l’infrastructure financière on-chain et de la tokenisation d’actifs réels aux États-Unis
Février 2026 Plusieurs sociétés de tokenisation expriment des inquiétudes sur le rythme réglementaire européen
20 mars 2026 Circle soumet ses observations sur le « Market Integration Package »

Trois contraintes structurelles du cadre réglementaire

Au cœur de ses observations, Circle met en avant trois contraintes structurelles du cadre réglementaire européen actuel.

La première contrainte découle du mécanisme de « seuils fixes ». Selon le régime pilote DLT en vigueur, chaque plateforme de négociation DLT est limitée à une taille de marché spécifique pendant la période pilote. Circle estime que ces limites numériques fixes ne tiennent pas compte de la croissance non linéaire qui se produit une fois la liquidité établie, et recommande l’introduction de « seuils adaptatifs » permettant aux indicateurs réglementaires de s’ajuster dynamiquement en fonction de l’activité du marché et des volumes de transactions.

La deuxième contrainte concerne le périmètre des « participants au règlement ». Actuellement, le règlement en espèces des transactions sur titres est réservé aux banques ou aux dépositaires centraux de titres. Circle souligne que si cette conception est robuste dans la finance traditionnelle, les environnements on-chain voient une activité importante facilitée par les prestataires de services sur actifs numériques. Les exclure du système de comptes de règlement accroît la complexité des transactions et allonge les chaînes opérationnelles.

La troisième contrainte porte sur le rôle des stablecoins dans les transactions sur titres. Circle demande spécifiquement que l’UE autorise l’utilisation des tokens électroniques d’argent conformes MiCA comme collatéral dans les opérations sur titres. Cette demande traduit la reconnaissance du fait que les stablecoins évoluent d’outils de paiement vers des composantes essentielles de l’infrastructure financière. Si les stablecoins ne peuvent être intégrés comme collatéral dans le règlement des titres, leur valeur dans les applications institutionnelles serait fortement réduite.

Positions divergentes sur le marché

Les observations de Circle ont suscité trois principaux courants de pensée parmi les acteurs du marché et les observateurs réglementaires.

Les partisans estiment que Circle a correctement identifié le problème de « retard politique » susceptible de survenir lors de la mise en œuvre du cadre réglementaire européen. Ils soulignent que la transformation digitale de l’infrastructure des marchés financiers présente de forts effets de taille ; une fois un seuil critique franchi, les volumes de transactions et la liquidité peuvent croître exponentiellement en peu de temps. Si les ajustements réglementaires continuent de suivre les cycles législatifs traditionnels, les acteurs pourraient être contraints de réduire leurs opérations dans les limites de conformité ou de se tourner vers des juridictions plus flexibles.

Les voix prudentes mettent l’accent sur les risques liés aux « seuils adaptatifs » et à l’élargissement des participants au règlement. Si les mécanismes d’ajustement dynamique peuvent renforcer la flexibilité réglementaire, ils exigent aussi une capacité accrue de jugement et de réactivité de la part des régulateurs. Sans déclencheurs de risque clairs ni dispositifs de sécurité, des cadres trop flexibles pourraient fragiliser la stabilité du marché. L’inclusion des prestataires de services sur actifs numériques dans le système de comptes de règlement renforcerait également les interconnexions de risques entre finance traditionnelle et marchés crypto.

Les observateurs se montrent plus préoccupés par la dynamique concurrentielle entre l’UE et les États-Unis en matière de rythme réglementaire. Ils notent que les observations de Circle font référence à plusieurs reprises aux avancées américaines dans l’infrastructure des marchés on-chain, signalant que « capitaux et projets pourraient migrer en fonction de l’efficacité réglementaire ». Toutefois, les standards européens en matière de protection des consommateurs et de régulation prudente restent relativement clairs, ce qui peut attirer certains investisseurs institutionnels en quête de certitude réglementaire.

Trois effets de transmission sur la structure du secteur

Si les recommandations de Circle sont partiellement intégrées dans le processus législatif européen, le secteur pourrait connaître trois impacts majeurs.

Premièrement, le rôle des stablecoins dans les systèmes de règlement des titres sera davantage précisé. À ce jour, la classification MiCA des tokens électroniques d’argent se concentre principalement sur les scénarios de paiement, tandis que le règlement des titres implique des mécanismes juridiques, de compensation et de collatéral plus complexes. Si l’UE autorise explicitement l’utilisation de stablecoins conformes comme collatéral dans les transactions sur titres, cela accélérera leur transition d’outils de paiement grand public vers des composantes d’infrastructure financière de niveau institutionnel.

Deuxièmement, le régime pilote DLT disposera d’un chemin plus clair de la « phase expérimentale » à l’« adoption généralisée ». La durée limitée du pilote actuel rend difficile l’engagement de capitaux à long terme et la construction de systèmes robustes par les participants. Si l’UE établit une trajectoire de transition claire et un cadre réglementaire permanent, cela réduira l’incertitude pour les entreprises financières on-chain et attirera davantage d’institutions financières traditionnelles.

Troisièmement, la concurrence entre l’UE et les États-Unis sur la régulation des actifs numériques entrera dans une nouvelle phase. Les États-Unis bénéficient d’un avantage de pionnier en matière d’infrastructures de marché on-chain, reflété par la profondeur du marché et le volume des projets, tandis que l’UE se distingue par l’exhaustivité de sa réglementation et la protection des consommateurs. Cette rivalité oppose en réalité « flexibilité » et « stabilité » comme modèles réglementaires, et son issue influencera directement la répartition mondiale des marchés des crypto-actifs.

Trois scénarios possibles pour l’avenir

Sur la base des informations actuelles et des variables clés, trois scénarios d’évolution pourraient se dessiner au cours des 12 à 24 prochains mois.

Scénario un : l’UE adopte les principales recommandations et accélère les réformes. Dans ce cas, la Commission européenne met en œuvre les « seuils adaptatifs » et élargit les participants au règlement d’ici fin 2026, entraînant des révisions législatives en 2027. L’utilisation des stablecoins dans le règlement des titres bénéficie d’un soutien juridique clair, et le volume des transactions financières on-chain au sein de l’UE augmente sensiblement entre 2027 et 2028. Ce résultat dépend d’un consensus rapide en interne parmi les législateurs européens et d’une vision unifiée sur la maîtrise des risques par les régulateurs des États membres.

Scénario deux : l’UE adopte partiellement les recommandations et les réformes progressent graduellement. Ici, l’UE procède à des ajustements limités du régime pilote DLT, comme une augmentation modérée des seuils fixes, mais sans introduire de mécanismes dynamiques. Les règles relatives au collatéral stablecoin restent en discussion sans base juridique claire. Les acteurs du marché adoptent une attitude attentiste et certains projets pourraient se tourner vers d’autres marchés. Ce scénario est très probable et conforme à la tradition européenne de réforme réglementaire progressive.

Scénario trois : les réformes européennes stagnent et l’activité se concentre aux États-Unis. Dans ce cas, les procédures législatives s’enlisent en raison de divisions internes, et le régime pilote DLT ne s’élargit pas après 2026. Les États-Unis continuent de dominer l’infrastructure financière on-chain, avec davantage d’institutions européennes participant aux marchés on-chain américains via leurs filiales. La probabilité de ce scénario dépendra des évolutions politiques au sein de l’UE et de la trajectoire de la politique réglementaire américaine.

Conclusion

En apparence, les observations de Circle à l’UE semblent constituer une suggestion technique sur le régime pilote DLT et les règles de règlement des stablecoins. En réalité, elles illustrent un dialogue approfondi entre l’industrie des actifs numériques et les régulateurs sur le « rythme politique ». À mesure que la digitalisation des marchés financiers s’accélère, les cadres réglementaires doivent non seulement prioriser la gestion des risques, mais aussi garantir leur adéquation avec la vitesse réelle d’évolution du marché. Pour les acteurs du secteur, suivre dans quelle mesure l’UE intègre ces observations sera un indicateur clé de la direction future de la régulation des actifs numériques dans la région.

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